Les partis politiques doivent clairement prendre position sur l’Histoire coloniale et de l’immigration africaine en Belgique

Ce mercredi 24 novembre 2016, un emballement médiatique et politique est né suite à la prise de position de la députée bruxelloise Catherine Moureaux sur l’enseignement de l’Histoire coloniale et de l’immigration dans nos écoles. Nous nous étonnons de l’emballement soudain de certains partis politiques sur ce sujet.

En effet, dès sa fondation en 2012, notre Mouvement, le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD) a mené plusieurs démarches politiques et institutionnelles sur cette question en direction des principaux partis politiques et de certaines institutions spécialisées sur le sujet.

Notre Charte, qui a été transmise à tous ces partis, préconisait entre autres, l’obligation de l’enseignement de l’histoire coloniale et de l’immigration dans les écoles aux niveaux primaire et secondaire, la promotion des lieux de mémoire et la sensibilisation sur la contribution positive des personnes non européennes en général et issues des anciennes colonies en particulier au prestige et au développement économique, social et culturel de la Belgique, la mise en place d’un Institut ou d’une fondation sur l’histoire coloniale, ainsi que le rétablissement des chaires d’Histoire de l’Afrique dans les universités.

Depuis lors, le CMCLD a mené plusieurs actions dans ce sens, en particulier :

– un colloque sur ces questions, tenu le 7 décembre 2012 en partenariat avec le Musée Royal de l’Afrique Centrale, le Centre Interfédéral pour l’Égalité des Chances et le bureau d’études Étopia.

– plusieurs rencontres et initiatives dont le soutien à la résolution parlementaire déposée par Ecolo sur le travail que l’État belge doit effectuer sur ce sujet.

– des actions de communication telles que la participation et la prise de position, le 6 novembre 2016, du Coordinateur du CMCLD dans l’émission « Mémoire d’un Continent » de l’historien Élikia Mbokolo sur Radio France Internationale dans le cadre du projet du 9e volume de l’Histoire générale de l’Afrique initié par l’UNESCO.

En 186 ans d’existence, la Belgique a plus de 80 ans d’histoire coloniale avec l’Afrique, notamment la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi. Des décennies d’histoire migratoire la lie également aux citoyens belges d’origine maghrébine. Mais cette Histoire est encore très peu présente dans les écoles en raison de l’absence d’initiative de l’État pour le rendre contraignant. Il n’existe aucune institution dédiée à la vulgarisation de cette Histoire qui concerne tous les Belges.

On ne peut pas promouvoir le mieux vivre ensemble dans une société véritablement tolérante si on utilise à géométrie variable l’outil capital que constitue l’Histoire. L’ignorance de l’Histoire, entretenue ou voulue fait partie des moteurs  de l’attrait des populismes et de la radicalisation d’une frange de la société. Cette ignorance mémorielle ne peut qu’accentuer la flambée actuelle de négrophobie, d’islamophobie, d’antisémitisme, de xénophobie, de racisme en général et des discriminations raciales en particulier. L’occultation de l’Histoire renforce ainsi un racisme « décomplexé » qui, si nous ne prenons garde, risque de gangréner durablement notre société. Récemment, la tenue par des étudiants de rallyes négrophobes dans certains milieux universitaires belges prouvent à suffisance que toutes les couches de la société sont touchées. Une société véritablement tolérante ne peut se construire que par la promotion de citoyens conscients, critiques et respectueux des droits humains fondamentaux. L’enseignement de l’Histoire et la promotion de la mémoire sont deux moteurs essentiels dans la construction d’une telle société.

Fort de toutes les raisons évoquées ci-dessus, le CMCLD appelle les partis politiques à prendre clairement position sur cette question primordiale et réitère à leur endroit ses revendications contenues dans sa charte fondatrice.

Pour le Comité de Pilotage du CMCLD,

Le Coordinateur,

Kalvin SOIRESSE NJALL