Ce 10 janvier, l’album d’Hergé « Tintin au Congo » est réédité 90 ans après sa première parution. Le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD), dénonce d’emblée le caractère éminemment raciste de cet album qui a contribué à façonner l’imaginaire de nombreux Européens, jeunes et vieux, sur l’Afrique, les Africains et les Congolais en particulier. Une perception de l’Afrique et des Africains faite de mépris et de rejet de leur humanité, avec toutes les conséquences que nous connaissons aujourd’hui encore, comme l’ont récemment démontré les attitudes et propos racistes anti-Noir fin 2018, et en recrudescence par ces temps de montée des populismes.

Pourtant plusieurs études, expositions et ouvrages ont largement démontré combien les images du type de celles véhiculées dans « Tintin au Congo » ont créé et nourri un racisme rampant, inconscient, insidieux voire structurel et institutionnalisé. Des stéréotypes et représentations racistes que Hergé lui-même avait confessés en 1989, affirmant qu’il « était nourri des préjugés du milieu dans lequel il vivait ». Comme hier, l’impact de ces images racistes sur les enfants et les jeunes reste aujourd’hui important. Faut-il rappeler que lors des agressions racistes du Pukkelpop, les jeunes ont entonné un chant colonial raciste du début des années 1900 ?

Aussi, le CMLCD dénonce-t-il l’attitude scandaleuse de la société Moulinsart qui n’est plus à une contradiction près. Alors que sur son site internet, elle fait la leçon aux autorités sur la restitution des œuvres d’art pillées en indiquant que « La restitution serait un acte fort pour la poursuite d’une décolonisation des esprits. », dans le même temps, elle ne se prive pas de renforcer la colonisation des esprits en rééditant à grands coups de publicité un album qui véhicule des clichés racistes. En effet, contrairement à d’autres albums du même genre aujourd’hui disparus de la circulation comme “Mon amant de la coloniale“, “Au Nègre“ ou “Banania, la poursuite de la publication et de la vente de l’album « Tintin au Congo », participe à la vulgarisation de ce mépris public envers les Noirs en tant qu’Êtres humains. À travers cette réédition, la société Moulinsart montre aussi que seule l’optique commerciale l’intéresse, refusant au passage d’insérer dans l’album, de peur qu’il ne se vende plus, au minimum une page de garde qui prévient le lecteur du caractère raciste de l’œuvre. L’économie prend ici le pas sur l’humain.

En conséquence, le CMCLD exige des éditions Moulinsart, qu’elles procèdent au mieux à surseoir à cette réédition dans sa forme actuelle, au pire à éditer dans les meilleurs délais un addendum correctif et interprétatif à adjoindre aux albums non encore vendus et à faire parvenir gratuitement à tous les lecteurs déjà en possession de la nouvelle édition. Un addendum dans lequel tous les clichés véhiculés dans l’album seront déconstruits et recontextualisés pour restituer aux Africains ainsi représentés leur dignité. Au besoin, le CMCLD examinera la possibilité et les conditions, s’il y était convié, de contribuer à sa rédaction. Un tel addendum ne peut en aucun cas être édité séparément et à un coût prohibitif qui dissuadera les lecteurs et notamment les jeunes et les enfants, de s’en procurer.

Il en va d’un mieux vivre ensemble et d’une paix sociale que les bénéfices commerciaux de l’album « le mieux vendu » de Tintin ne pourront jamais compenser.

 

Fait à Bruxelles, le 10 janvier 2019

Pour le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD),

Geneviève KANINDA et Fontaine ATCHIKITI, co-coordinateurs.