Nous avons été horrifiés comme de nombreux citoyens d’apprendre les incidents racistes survenus au festival Pukkelpop. Nous avons été encore plus horrifiés d’apprendre les agressions subies par deux jeunes femmes noires lors de ce même incident. Des agressions perpétrées par les auteurs de ces faits racistes. En effet, ce samedi 18 août, au concert du talentueux rappeur et militant afro-américain Kendrick Lamar, – ce qui n’est pas un hasard connaissant l’engagement antiraciste de l’artiste – des jeunes blancs ont scandé en néerlandais : «Handjes kappen, de Congo is van ons» (« Couper les mains, le Congo est à nous »). Cette allusion sans équivoque est une insupportable apologie des crimes coloniaux perpétrés au Congo. Certaines personnes ou institutions s’évertueront à trouver des excuses à ces jeunes : l’alcool, la jeunesse, la bêtise, etc. Un tel relativisme coupable démontre que Ces personnalités et institutions sont les principales responsables de la multiplication des faits racistes liées à la propagande coloniale. Et c’est vers elles que se dirigent notre indignation et notre colère.

Depuis sa création, le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD) s’évertue, par ses actions mais aussi par ses interpellations des institutions, à sortir la société belge du déni historique dans lequel l’establishment politique l’a enfermé depuis la fin nominale de la colonisation. Un déni historique qui occulte l’impact actuel de la propagande coloniale sur les mentalités et le fonctionnement de notre société. L’incident au Pukkelpop où des mineurs font l’apologie des mains coupées de Congolaises et Congolais sous le régime raciste et meurtrier du roi Léopold II au 19e siècle n’est ni isolé, ni un hasard. Il est le fruit de facteurs concordants qui prouvent que la propagande coloniale continue d’avoir aujourd’hui des effets dévastateurs. L’excuse scandaleuse du fait générationnel ne doit plus être un prétexte pour refuser de poser des actes forts en faveur de la décolonisation de la société. Ces jeunes n’ont pas 70 ou 80 ans et ils sont parfaitement conscients de la portée de leurs propos. La preuve est qu’ils se sont violemment attaqués à deux jeunes femmes noires. Leur couleur de peau étant le lien qu’ils ont fait avec ce passé honteux pour la Belgique et douloureux pour le Congo et l’Afrique. Le temps est venu pour que les institutions politiques, économiques, sociales et culturelles belges enlèvent les œillères qu’elles ont placées à la société notamment à cause d’une aigreur mal placée suite à la perte involontaire de leur colonie congolaise, véritable vache à lait. Le temps est venu d’investir correctement dans l’enseignement non seulement de l’histoire de la colonisation mais aussi de l’Afrique dans toute la Belgique.

Le temps est venu pour que la Ministre de l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Marie-Martine Schyns etson homologue néerlandophone Hilde Crevits, sortent de leur carcan idéologique et revoient leurs copies en ce qui concerne la réforme de cet enseignement. Un enseignement qui ne doit pas être un recyclage de la propagande coloniale. Le temps est venu pour que la résolution déposée au parlement fédéral par les députés écologistes Benoît Hellings et Wouter De Vriendt sur le travail scientifique à faire sur les massacres de la colonisation soit adoptée. Le temps est venu pour que dans les communes, régions, communautés et au fédéral, des moyens conséquents soient mis en place pour une décolonisation structurelle de la Belgique. Le temps est enfin venu d’arrêter de croire comme dans certains cénacles que les Noir-e-s sont gentils, que les « blagues » racistes faites sur eux sont gentilles et ne doivent pas être extrapolées et que, de toute façon, ils resteront toujours gentils et bons enfants. Celles et ceux qui y croient se fourvoient. L’histoire le leur démontrera.

Pour le CMCLD,

La Co-Coordinatrice, Geneviève KANINDA

Le Co-Coordinateur, Fontaine ATCHIKITI