COMMUNIQUE DE PRESSE :

L’antiracisme réel, une arme efficace contre le terrorisme

En Belgique, le 21 mars, journée mondiale contre le racisme en mémoire du massacre de Sharpeville en 1960 en Afrique du Sud, est désormais jumelée au 22 mars, journée sombre des sanglants attentats terroristes de Zaventem et du métro Maelbeek. Un triste jumelage de dates, mais aussi de phénomènes, le racisme et le terrorisme, qui se nourrissent l’un de l’autre. La recrudescence des actes racistes ouvre des brèches aux discours des bonimenteurs en mal de chair à bombes, qui polluent ainsi l’esprit d’une très infime minorité, mais au pouvoir de nuisance sans pareil, des victimes de racisme. Et concomitamment, la radicalisation de cette très infime minorité, souvent passée par la délinquance, et surtout son passage à l’acte terroriste, alimentent les sentiments racistes. Comme l’a si bien rappelé la députée belge Mme Onkelinx au micro de la RTBF ce 20 mars 2017 : « Le racisme est inacceptable, il fabrique des violents et des terroristes, c’est une évidence. […] Il faut s’investir personnellement dans le vivre ensemble, parce que la polarisation et la discrimination facilitent le travail des recruteurs. ». C’est depuis longtemps déjà, le discours de SHARE Forum des Migrants. Le mieux-vivre-ensemble et l’antiracisme réel sont les deux faces de la même pièce : l’un ne va pas sans l’autre. L’antiracisme réel est donc une des armes efficaces contre le terrorisme, en ce qu’il participe d’annihiler le pouvoir de séduction des discours terroristes d’appât.

La gravité de l’heure impose donc à l’antiracisme de ne plus se contenter de discours « peace and love » qui ne bousculent le confort moral de personne. La dérive de franges des opinions publiques européennes vers des discours populo-racistes s’accélère, pendant que la lutte antiraciste, bien qu’elle ait engrangé quelques victoires légales, peine à s’opposer réellement contre cette vague populiste et raciste. L’antiracisme actuel doit passer à une phase plus déterminée et combattive, certes respectueuse de tous, mais sans aucun ménagement pour les états d’âme des racistes et des candidats au racisme. Dans cette optique, l’implication effective – et non apparente – des victimes majoritaires des faits de racisme dans la lutte antiraciste est un passage obligatoire. Il ne s’agit pas de les opposer aux auteurs des faits racistes dans un « eux » et « nous » clivant, mais il s’agit d’impulser à la lutte antiraciste l’indispensable dynamisme que seul le vécu concret voire personnel d’une expérience peut produire. Autrement, dans les faits, la lutte antiraciste restera toujours une affaire interne au sein d’une population non-majoritairement-discriminée avec d’un côté les candidats au racisme, et de l’autre les professionnels, dans tous les sens du terme, de l’antiracisme. Ce qui, malgré la bonne volonté des derniers, produit jusqu’à présent des messages de moins en moins dissuasifs pour les premiers. Sans oublier que négliger l’implication des victimes, c’est agir selon la maxime de Gandhi : « Ce qui est fait pour nous sans nous est fait contre nous ».

En ce 21 mars 2017, SHARE-Forum des Migrants appelle tous les acteurs de l’antiracisme et en particulier les institutions et les professionnels de l’antiracisme à dépasser le ronronnement habituel des campagnes de lutte contre le racisme. Il les appelle à planter haut et fort dans le décor politico-médiatique belge un antiracisme de combat, de terrain et de vécu, comme une des armes efficaces contre le terrorisme. Et pour ce faire, à réellement ouvrir leurs propres esprits à la primauté de la parole antiraciste des victimes elles-mêmes, très souvent mieux outillées pour faire comprendre aux candidats au racisme la véritable portée des actes qu’ils posent ou sont tentés de poser. Une parole porteuse d’un message nouveau, plus dynamique et plus concret, dans ce qui est désormais une lutte cruciale pour un mieux-vivre-ensemble, pour l’humanisme, pour le bien-être de tous.