Evariste Pini-Pini, auteur décolonial engagé, conférencier, activiste et surtout membre du comité de pilotage du CMCLD vient de produire un livre nécessaire à toute entreprise de désaliénation et de décolonisation mentale. Un livre qui entre dans la droite ligne des médicaments nécessaires à la lutte contre la maladie coloniale des sociétés africaines et des diasporas dans le monde. Ce livre est vital car il propose d’aller à la racine du problème, racine qui nous ramène à la nécessité d’une critique constructive du rôle de l’église chrétienne et de la spiritualité dans le système colonial.

Nous sommes fier de vous présenter le livre de notre frère et camarade de combat.

La problématique de la tragédie congolaise est diversement interprétée. Il est souvent question d’une insécurité chronique à cause de la taille du pays et de ses richesses, mais surtout à cause de sa tradition ancestrale, mauvaise, sauvage. Il serait pourri jusqu’à l’os et il n’y aurait rien à faire. Le présent ouvrage ne partage pas ce point de vue si stigmatisant et méprisant. Il affirme au contraire que le Congo n’est pas une terre de violence pas plus que n’importe quel autre territoire du monde. Bien plus la population qui vit sur ce territoire est la première du monde à avoir vu le jour. Elle a élaboré un système de vie harmonieux, sans prison ni police, a multiplié des découvertes et des inventions dont le monde se sert comme la première tablette mathématique découverte à Ishango, datant d’au moins 20.000 ans, qui est l’ancêtre des codes barres et des tablettes numériques. Elle a donc une autre tradition que la violence. En réalité elle est victime et non instigatrice. Ce livre approfondit donc cette question de violences et révèle les véritables coupables, à savoir les élites dirigeantes occidentales, leurs multinationales ainsi que leurs gouvernements qui veulent isoler le Congo et toute l’Afrique pour en faire leur réserve des matières premières. Ils utilisent leurs nègres de service pour vider le continent de ses populations par des guerres incessantes, des massacres permanents, des épidémies entretenues ou des déplacements forcés.

Ceci n’est pas du tout nouveau. C’est le mode opératoire des colonialistes, esclavagistes et autres chasseurs d’hommes européens en Afrique depuis le 16ème siècle. C’est pourquoi cet ouvrage essaie de répondre à la question de savoir pourquoi les Européens du pouvoir ont-ils un tel agissement vis-à-vis de leurs semblables, à savoir la négation pure et simple de leur vie ? Car l’argument de l’inhospitalité du sol européen ou bien celui de la recherche de matières premières pour les industries ou bien encore celui de l’avance technique et technologique comme justificatifs possibles sont non seulement insuffisants, mais tout simplement ridicules.

Cet ouvrage révèle au contraire que c’est à partir du 4ème siècle que le tournant s’est opéré avec l’apparition du christianisme romain sous Constantin 1er. C’est l’apparition de l’ère vulgaire, l’ère de la destruction de l’héritage ancestral millénaire, époque du premier génocide chrétien contre les Egyptiens. Car à partir de ce moment et plus encore au 11ème siècle qu’un pouvoir d’un genre nouveau s’est instauré en Europe ; pouvoir divin ne répondant que de Dieu seul que personne ne voit ni n’entend, Dieu étant en réalité le pape hissé mécaniquement au niveau divin. C’est l’avènement du pouvoir dit des clés du royaume, ou pouvoir de lier et de délier, la dictature papale dont le socle est l’impunité et la conséquence l’exclusion de la majorité au profit d’une petite minorité qui la soumet. C’est ledit règne du royaume des cieux.

Ce pouvoir a profondément bouleversé le visage politique de l’Europe en y instaurant un règne de terreur inédit. La soumission ou le bucher. Règne de l’inquisition qui a duré sept siècles. Les papes ont ainsi isolé l’Europe et façonné un type d’homme nouveau, le chrétien ou l’homme soumis à la volonté papale. Ce pouvoir devenu dermatologique s’est étendu à la couleur de la peau des Européens, devenus “Blancs“, désormais mis-à-part et poussés au-dessus de tous les autres hommes offerts, eux, en pâture, comme ennemis de Dieu à anéantir, la terre ne leur appartenant pas. C’est donc une véritable machine de guerre que la papauté déploie et qui va à l’assaut du monde en y déversant une violence inouïe. Elle répand la croisade partout.

La situation actuelle du Congo et de l’Afrique en général entre dans cette ligne de compte. C’est le cycle des croisades débuté au 4ème siècle en Egypte qui se poursuit. L’épisode actuel vécu par les populations congolaises et africaines est un de plus et non un cas unique, encore moins isolé. Les croisades persévèrent parce que les Européens, légats du pape, proclamés fils de Dieu et propriétaires de la terre entière, ayant acquis le droit sacré de tuer, jouissent toujours d’une totale impunité au nom de la civilisation. D’autre part le règne de Dieu envisagé n’est rien d’autre que le monde artificiel de la science. Or la caractéristique de l’artificiel est de ne rien créer, mais de supplanter le réel et de l’étouffer. Bien plus, la science conduit à l’industrie ou la production non stop des objets à partir des matières premières produites par la nature, qu’elle épuise très rapidement. Mais la demande étant toujours croissante et l’industrie devant toujours disposé de plus de matières premières, cela conduit à aller plus loin, à conquérir les territoires d’autrui, à soumettre celui-ci et à l’exploiter. D’où les massacres inouïs, les crimes massifs, les viols, les razzias et la traite des Africains, l’esclavage, la colonisation, les zoos humains, la surexploitation, le capitalisme, le néo-capitalisme et le néo-colonialisme.

Cet ouvrage permet d’établir le lien entre la tragédie congolaise, africaine, et la prétention du christianisme romain de refaire le monde débouchant sur des massacres des peuples entiers. C’est un éclairage nouveau sur la terrible mise-à-mort du peuple congolais en particulier. Il apporte aussi des solutions nouvelles. Ainsi, plus que le simple refus des rites et autres pratiques du christianisme comme cela se remarque actuellement en Europe, ce livre préconise le rejet total de l’idéologie du royaume des cieux et appelle à l’autodissolution du christianisme romain pour le retour à un monde humain et harmonieux. Concernant l’avenir immédiat de l’Afrique où le christianisme s’est implanté par la confiscation des territoires des autochtones, l’ouvrage préconise que ces territoires soient rendus à leurs propriétaires traditionnels et que les entités missions et diocèses soient supprimées. Quant à la vie politico-administrative, il propose de faire justice aux ancêtres en remettant le village, lieu traditionnel de vie, au centre du projet politique et d’opter pour l’heureux fédéralisme ancestral en suivant les grandes entités culturelles comme les Kongo, Luba, Ngala et Swahili pour l’Empire Kongo-Katiopa.

QUELQUES CRITIQUES SUR CET OUVRAGE

“Dans ce texte des croisades, ouvrage retentissant, démystificateur, Kentey Pini-Pini Nsasay mène un procès autrement plus ferme, patiemment argumenté et amplement documenté. Ce qui est un fait rare il apporte ici l’exigence de débattre avec méthode, et rigueur, de ce qu’il est convenu de désigner le Mal congolais, sa tragédie dans l’Histoire. Il démolit les explications controuvées (inhospitalité, économisme…) cet atavique « complexe de l’excuseur » par quoi les victimes se révèlent souvent si promptes à « laver » et à « acclamer » les turpitudes des coupables, et origine le système d’échanges à massacres dans l’institution même de l’Eglise, trace une généalogie de la répression sacrificielle qui va de la naissance du christianisme romain au 4ème siècle sous Constantin 1er avec l’irruption de l’ère du vulgus. Le 11ème siècle apparaît ici comme le momentum du délire de ce système de massacre avec en l’occurrence la papauté, à travers son dogme terriblement autoritaire de l’infaillibilité et de l’inviolabilité. De cette dictature illimitée de la papauté naîtront toutes les inquisitions et se constitueront les machines de guerres christiano-coloniales de l’Eglise en direction de l’Afrique en général et du Kongo en particulier. La nouveauté de l’ouvrage réside dans l’explication de la ritualisation de la force, des guerres, des massacres et des génocides aux fonts baptismaux même de l’Eglise… Le texte du prêtre philosophe requiert un tout autre pensum de la recontexture, reterritorialisante, avec une historicité réappropriante et des vérités fondées sur le travail de la revenance correctible des versions et des récits. Tout son mérite tient dans ces épistémès de la correctibilité revenantielle et in-coercitive. Ce travail heuristique pense, se pense et donne à penser“.

Extrait de la préface du professeur Grégoire Biyogo,

 Le Shemsu Maât, savant, fondateur et directeur de l’Institut Cheikh Anta Diop, professeur à l’Ecole doctorale de l’USEM à Paris.

“Ce deuxième opus magnum de Pini-Pini achève avec fracas le processus de déconstruction corrosif amorcé avec une certaine véhémence prophétique dans le premier ouvrage. C’est un texte de feu et de guerre, un torrent incandescent des laves de feu jaillissant du volcan Kongo-Katiopa en pays Yansi. L’auteur ne peut qu’être félicité pour son honnêteté intellectuelle dans la déconstruction radicale et caustique du christianisme romain missionnaire et occidental, prétentieux et meurtrier“, écrit dans sa postface le professeur Benoît Kungua, Président du Centre de Recherches Pluridisciplinaires sur les Communautés d’Afrique noire et des diasporas(Cerclecad), éditeur de la revue savante et pluridisciplinaire Afroscopie.

La lecture de ce livre n’a pas toujours été facile. Il a fallu, à certains moments, que je prenne un peu de recul pour laisser descendre les choses. Forcément, quand je le lis, c’est avec mon vécu de femme, de maman, d’Européenne, de Belge, de baptisée et avec les connaissances, qui étaient les miennes, de ces faits. Tout cela étant, c’est un livre qui, je pense, m’aide encore à affiner mon ressenti, à nourrir ma réflexion et à approfondir ma propre spiritualité“.  Corine Roiseux-Montfort, enseignante.

Cet ouvrage est un chef-d’oeuvre dit Daniel Olivier, fondateur du village du Livre en France, critique historique des historiens officiels dans la Revue Culturelle et Politique Toudi.